[†] Histoire :Ce n’est pas un fils de pute.
Et son père ne l’a jamais baisé un soir avant de l’oublier, elle et son morveux.
Son père s’est tué sur un chantier quand il était gamin et sa mère est boulangère.
Lui… c’est une pute.
C’est un métier comme un autre qu’il a choisit sans sourciller.
Il peut gagner de l’argent , se faire des pourboires, recevoir des cadeaux…
Il a un contrat sans cesse renouvelé, les conditions de vie et d’hygiène impeccables…
Que demander de plus que de travailler dans un bordel du 21ème siècle, moderne?
Les clients y sont agréables car triés sur le volet, l’ambiance y est plaisante…
Au départ, bien sûr, il ne voulait pas faire ça.
Catin… ce n’était pas le métier à la mode et les gens avaient tendance à en parler avec un certain…
Mépris.
C’était le boulot des filles de l’Est.
Une immondice dégueulasse que l’on devait éviter.
Le genre de truc où quand on passe devant, on cille… même si on est attiré.
Attiré, Lieschen l’a toujours été.
La boulangerie est située dans le quartier chaud et il saluait les putes l’hiver en rentrant du collège.
Les moins « classes » faisaient encore le trottoir et il trouvait cela dérangeant… mais ne les méprisait pas.
Il les dessinait parfois, essayait de ne pas les déranger.
Il avait sans cesse peur qu’un de leur patron vienne lui tirer les oreilles.
Il se tenait de loin, se contentait de sourire et de les croquer du regard… et du fusain.
Dessins malhabiles certes mais il les accrochait dans sa chambre avec fierté.
Sa mère ne s’en foutait pas mais aimait à dire que son fils faisait des découvertes par lui-même.
Sa curiosité était immense et faisait la fierté de sa vieille mère qui souriait tout le temps.
Fière, elle l’est toujours d’ailleurs.
Son fils vend son corps certes mais c’est un métier comme un autre.
Elle hausse à peine une épaule et lui donne une brioche en passant une main dans ses cheveux.
Elle l’aime que voulez vous… Et il reste son fils.
Même avec ces mœurs étranges… oui ça par contre ça lui déplait.
L’amour entre hommes, elle ne l’a jamais très bien comprit.
Mais elle est pleine de bonne volonté la mère.
Elle garde sans cesse le sourire en priant pour qu’il n’ait pas de maladie…
C’est sa seule terreur ça, les maladies, à la mère…
Mais l’établissement est réputé, son fils ne fait pas le trottoir…
Il travaille en maison close et a de bons clients bien entretenus.
Comme elle a été rassuré le jour où il lui a décrit son travail sans entrer dans les détails.
Pauvre mère…
Elle est loin ce soir dans l’esprit de Lieschen tandis qu’il effleure sa main doucement.
La bouche effleure sa nuque, y dépose un baiser… et c’est encore ces crocs qu’il sent contre sa peau.
Ce soir…
Ils l’ont décidé en silence il y a déjà deux mois…
Le soir où ses crocs avaient jaillit lors de la jouissance, qu’il avait manqué de le mordre à l’épaule…
Deux mois déjà et la seule marque qu’il possédait sur son corps si frêle était celle, si discrète, sur son poignet.
Une petite coupure régulière est discrète dissimulée par les manches de son peignoir.
Personne ne l’avait encore remarqué car Lieschen ne la cachait pas.
Calice…
Ce mot lui donnait des petits frissons.
Mais pas aussi intenses que ceux qui naissaient dans ses reins sous les baisers de son vampire.
Son sang était sien deux fois par mois.
Il avait loué son corps, il en possédait jusqu’au nectar suprême.
Et Lieschen contemplait avec ravissement sa langue avide sur son poignet.
Il l’avait questionné au sujet de son peuple.
Mais n’avait obtenu que de vagues réponses qui le laissait sur sa faim tandis qu’il nourrissait l’autre.
Il n’osait pas lui proposer un échange… son sang contre des réponses…
Il ne se prostituait pas ainsi.
Il l’aurait à l’usure, son beau vampire adoré.
Il finirait par tout lui raconter.
« Lu… »
« Lieschen, n’oublie pas… »« Pardon mon bel amant… nous y allons? »
« Avec plaisir… »Il l’emporte vers la chambre d’un pas léger.
Les rires et les discussions disparaissent.
Il ignore les regards concupiscents qu’on lance à son client.
Car il est sien, tout simplement.
Et que les autres n’ont pas intérêt à l’oublier.
Il n’était pas dangereux mais savait se montrer convainquant, Lieschen.
La porte se referme, la main se détache de la sienne.
Nulle violence ce soir et il voit bien qu’il se retient de le mordre…
Ses crocs jaillissent déjà tandis qu’il referme à clé.
Il s’avance vers lui et son peignoir glisse sur le sol.
Nu, il l’effleure, passe derrière lui et retire sa veste.
Dépose un baiser sur son épaule, glisse ses mains sur son torse.
Il se blottit tout contre lui et le vampire respire très lentement.
Il semble plus impatient encore ce soir…
Ou bien nerveux.
Mais c’es trop tard, ils l’ont décidé il y a longtemps.
Un secret perdu dans un rêve.
Puisque Lieschen n’obtient pas de réponse… alors il lui racontera tout.
Après la morsure.
Alors ils font l’amour…
Et Lieschen gémit, et le vampire se retient de jouir.
Jouir, cela signifie le commencement d’une autre étreinte.
Il a peur et Lieschen le sent, son instinct animal débridé.
Il le griffe, ressert ses cuisses et donne un vif coup de rein.
Orgasme dévastateur qui les déchire tout les deux.
Un rêve teintée du sang d’un jeune garçon qui alanguit sur les draps s’offre.
Dieu que c’est bon, cette langue qui l’aspire et le suce… son sang qui jaillit et se fait dévorer.
Il aime le regarder quand il se nourrit.
Il aime voir ses lèvres tâchées de son sang.
Il manque de le désirer encore mais déjà l’impatience le gagne.
« Viens… »Est-il sûr, demandent les yeux du vampire.
Oui bien entendu qu’il est sûr…
Mais peut-être ne se rend-il pas bien compte, c’est tout.
Ce n’est pas pour la vie éternelle.
Ce n’est pas pour les pouvoirs…
C’est pour la connaissance…
Il ferait tout pour la connaissance.
Tuer ou être tuer.
Alors meurt entre tes draps, voici le vampire qui gémit.
Éclairs d’orgasme pur qui le font se cambrer sur les draps.
Il appuie sur sa nuque, le force à le prendre entièrement.
Ils refont l’amour de gorge à crocs et c’est mieux encore que tout ce qu’il a vécu.
Il halète, crie de plaisir, oh oui que c’est bon.
Sensualité dévorante qui le suce et l’aspire.
Sur ce point sensible, son artère saillante et la goutte qui manque de se perdre…
Assez.
Son regard se voile.
C’est une porte étrange qui s’entrouvre pour le laisser entrer.
Il entraperçoit l’univers.
Il entraperçoit les réponses.
Ébahis, son cœur affolé, il manque de s’y précipiter…
Avant que la porte ne se referme.
Que sa boucle s’emplisse de ce nectar ferreux qui l’enivre.
Avant que la douleur ne le fasse hurler.
Le bordel se fige, et la porte insonorisée ne sert qu’à épargner les voisins.
Les clients sont remerciés, les putes terrifiées.
Que se passe-t-il? Qui est-ce qu’on égorge?
Tu enfanteras dans la douleur, dit Dieu au Vampire.
Et le Vampire de s’incliner, de contempler ce visage ravagé.
Ce corps se briser sous la douleur et ce jus noirâtre souillé les draps blancs.
Il comprends soudain l’ampleur de ce qu’il vient de faire.
Ses yeux écarquillés, il vient de donner naissance à son premier enfant…
Qui se calme en hoquetant dans son sommeil… sommeil si lourd… étrange.
On frappe à la porte, on menace.
Il crie que Lieschen est malade, qu’il n’est pas blessé…
On le prit de l’emporter, cela fait désordre voyons, les clients sont partis.
Il y aura dédommagements bien sûr.
Oui bien sûr, il emportera ce corps éteint dans ses bras enroulé dans les draps tâchés.
Il l’emmènera chez lui… chez lui? Mais non voyons, c’est un rêve.
Alors réveillez vous.
Lieschen sera seul dans sa chambre, sa mère à son chevet, les volets clos, la pièce dans la pénombre.
Il voit, il l’entends, mais elle ne parle pas, la mère, elle est dévastée la mère... elle veut qu'il parte.
Alors il part, il obéira toujours à sa mère.
Sans vraiment l’aimer, ou alors mal.
Il est Lukas, mais ce n’est plus vraiment lui dans le miroir.
Ses cheveux et ses ongles ont poussé.
Son visage s’est fait plus émacié.
Son teint plus pâle encore…
Vampire.
Il comprend à peine ce qu’il est devenu.
Il sait juste qu’il doit le retrouver, lui, son amant, son client… son père.
Instinct étrange qui n’a plus rien à voir avec l’animal…
Ni l’humain.
Instinct qui le nomme, qui l’appelle, qui le cherche et le guide.
Pays qu’il visite, informations qu’il recueille, en vain très souvent.
N’y a-t-il pas quelqu’un?
Où sont-ils tous? Ils devraient être plus nombreux que ça…
Il n’y a rien, personne pour l’aider.
Simplement un souffle à son oreille pour lui faire prendre un train plutôt qu’un autre.
Pour lui montrer un pays en particulier.
Il le trace, le suit, obstiné, un chien qui veut retrouver son maître
L’amour, si c’est de l’amour, commence déjà à s’effacer.
Lukas veut apprendre, l’autre a des réponses… il sera forcé de les lui donner.
Mais rien, aucune réponse.
Des soirées entre jeunes, des rumeurs infondées…
Recherches infructueuses dans les bibliothèques les plus prestigieuses…
Il arrive en Angleterre et sa rage de le retrouver n’a toujours pas baissé.
Il ne se laisse pas abattre, reste déterminé, les yeux rivés sur son objectif.
Il ne compte même pas lui faire regretter son départ précipité.
Après tout, le pauvre bougre a dû se rendre compte que la bourde qu’il avait commise.
Pauvre petit enfant, père qui n’a pas sût prendre ses responsabilités.
Lukas n’a même pas envie de se venger… il trouve cela inutile.
Les réponses…
Toutes ces réponses…
Et sa curiosité qui s’attise de jour en jour tandis qu’il découvre ses dons.
Le plus merveilleux déjà, celui qu’il utilise sans cesse le soir en traînant dans les rues.
Il fait le tapin parfois simplement pour de l’argent…
Mais vendre son corps lui parait tellement banal à côté de « ça ».
Les pensées.
Feuilles virevoltantes au vent qu’il cueille avec émerveillement.
Il les entend, chacun de ces humains qu’il croise.
Il tend l’oreille, a un éclat de rire.
Il se laisse griser par toutes ces petites phrases qui s’entrechoquent.
Il ne cherche même plus à mettre un visage sur telle idée de meurtre…
Non, c’est tellement plus amusant de les écouter les yeux fermés.
Dans chaque pays, il s’efforce d’apprendre la langue pour mieux les comprendre.
Il se délecte de ces petits citrons sucrés qui pétillent dans son esprit.
Un délice…
Oui parfois il cherche les visages…
Juste par jeu, par ennuis, dans un bar, quand il y a peu de monde et que c’est plus simple.
Comme ce soir-là, dans ce bar miteux de Londres.
Le regard vague, accoudé à sa table, il triture son café sans le boire.
Il essaye juste de paraître normal et de faire taire son envie de sang.
Plus tard, avec un prochain client.
Cette technique fonctionne très bien pour l’instant.
Des personnes entrent et sortent du bar… et il se fixe sur eux un instant avant de les relâcher.
Il joue, à quoi pensent-ils?
Là-bas cette femme veut tuer son mari.
L’autre homme pense avec sérieux au suicide…
La jeune fille rêve encore de sa première fois.
Le jeune homme essaye de se convaincre de parler demain devant toute une classe.
Un homme commente mentalement le journal qu’il lit.
La porte s’ouvre, Lieschen se fixe.
Et regarde.
Il en a presque sursauté.
Lui?
Non ce n’est pas lui…
Comme un souffle sur sa nuque, un bas effleurement… et ce charisme…
Mais non, ce n’est pas son visage.
La folle étincelle de joie disparaît aussitôt.
Étrange tout de même… étrange…
Il se fixe, essaye de comprendre.
La curiosité tue le chat.
Mais comment tuer un immortel?
En lui donnant la réponse.
Enfin, dans ce cas là, l’absence de réponse.
Il n’y arrive pas… il se fixe encore et encore.
Désespéré. Mais il n’y arrive pas.
Comme un mur étrange auquel il se heurte…
Ou un trou noir perceptible qui le rejette au lieu de l’avaler.
Que se passe-t-il? Qui est-il?
Est-ce son don qui lui joue des tous ou bien…
Ou bien alors…
Il l’observe, le contemple en silence.
L’autre ne semble pas l’avoir remarqué.
Il commande une boisson et attend patiemment…
Attendre?
La venue de la jeune femme qui vient d’entrer.
Aussi pâle que lui, un petit sourire aux lèvres, blonde…
Et ce même mur, cette même absence… ou rejet.
Il n’arrive pas à saisir, se contente de les contempler.
De savourer ce charisme qu’il n’a jamais pût oublier, cette présence familière… unique.
Eux…
Ce sont…
Non impossible, il en a tant cherché en vain…
Alors quand ils quittent le bar, il les suit, le plus discrètement possible.
Vêtu de noir, voilà déjà un moment qu’il a laissé les peignoirs de soie.
Ses affaires sont à son hôtel et rien ne l’encombre... juste quelques pas derrière eux…
Ils ne semblent toujours pas l’avoir remarqué et Lukas sourit fièrement.
Discret, agile, il passe une rue, tourne et.
Rien.
A droite, à gauche, des poubelles, un chat qui feule et s’enfuit.
La ruelle est déserte, il jure, il se maudit.
Il aurait dû venir leur parler dans le café, il a manqué sa chance, il a…
« Bonsoir… »
… été si discret pourtant…
Il se tourne, les contemple et les deux le fixent en souriant.
Piégé jeune matou, ce n’est pas aujourd’hui encore qu’on nous prendra au piège.
« … Bonsoir… vous êtes… »« Toi, qui es-tu? »
« Pour nous suivre ainsi… c’est très impoli tu sais. »
« Très oui… nous devrions peut-être te laisser ici… mais cela ne serait pas drôle… »
« Tu es perdu? »
Il recule d’un pas, manque de trébucher.
Ses yeux se posent sur l’un et sur l’autre… ils s’avancent légèrement.
Il n’a aucune possibilité de fuir, il le sait… et n’en a pas l’envie.
Il se contente de sourire simplement.
S’incline plus poliment et commence tout d’abord par s’excuser d’un tel comportement.
Il n’attire pas leur attention de manière particulière, ce n’est qu’un nouveau parmi tant d’autres…
Mais il se montre assez gentil pour apprendre un peu.
Juste un peu et c’est déjà nettement suffisant.
L’Islande…
Et vogue la galère, ce soir le bateau quittera le port.
Et adieu la mère, agite bien ton foulard.
Et bonsoir monsieur, ravi de vous revoir.
Tu enfanteras dans la douleur et paieras le prix de tes erreurs, dit Dieu au Vampire.
J’arrive.
Bien plus vite que tu ne l‘aurais crû.
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So War Es Und So Wird Es Immer Sein ~*~
